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GRATITUDE & LEADERSHIP

La gratitude n'est pas la cerise sur le gâteau. C'est le levain.

Par Stéphanie Ciel · Publié le

On présente la gratitude comme un supplément d'âme pour les gens qui vont déjà bien. Vingt-cinq ans d'enseignement et la recherche moderne montrent l'inverse : c'est une fondation, elle se travaille, et voici comment.

Une main tenant une tasse de thé près d'un carnet ouvert et d'un pain au levain, lumière du matin

Une fondation, pas une récompense

La gratitude n'est pas une émotion qui arrive après la réussite : c'est une pratique qui la précède et qui la rend possible. Après plus de vingt-cinq ans d'enseignement, deux livres consacrés au sujet et des centaines d'élèves observés année après année, c'est la conviction la plus solide que je porte. Et c'est une bonne nouvelle, parce qu'une pratique, contrairement à un don, s'apprend.

Ce que la recherche a établi

La gratitude est l'un des domaines les mieux étudiés de la psychologie positive. Les travaux fondateurs de Robert Emmons, à l'université de Californie, ont comparé des groupes tenant un journal de gratitude à des groupes notant leurs contrariétés ou de simples événements : les premiers montraient un mieux-être durable, un meilleur sommeil et davantage d'énergie. Martin Seligman a documenté l'effet remarquable d'un exercice unique, la lettre de gratitude remise en personne à quelqu'un qu'on n'a jamais vraiment remercié. Ce ne sont pas des intuitions de développement personnel : ce sont des résultats répliqués depuis vingt ans.

Ce que la recherche dit, en une phrase : la gratitude n'est pas la conséquence d'une belle vie. C'est un entraînement du regard, qui change la vie qu'on a.

Ce que la classe m'a montré

Un quart de siècle face à des élèves confirme le laboratoire. Les enfants qui savent regarder ce qu'ils ont, plutôt que ce qui leur manque, apprennent mieux, tiennent plus longtemps, se relèvent plus vite. Pas parce que leur vie est plus douce. Parce que leur attention est entraînée autrement. Et j'ai vérifié la même chose chez les adultes : on ne transmet pas ce qu'on sait, on transmet ce qu'on est. Un dirigeant qui ne sait pas remercier forme des équipes qui ne savent pas s'engager.

Trois pratiques qui tiennent dans une vie pleine

Première pratique : les trois lignes du soir. Chaque soir, trois choses précises de la journée pour lesquelles vous êtes reconnaissant. La précision est la clé : « le café que Marc m'a apporté sans que je demande » travaille le regard ; « ma famille » ne le travaille pas. Deux minutes, pas plus. C'est la version quotidienne du journal d'Emmons.

Deuxième pratique : le merci à voix haute. Une fois par jour, transformez un merci pensé en merci prononcé, avec la raison : « merci pour ta patience tout à l'heure, ça m'a aidé ». Le merci silencieux nourrit celui qui le pense. Le merci prononcé nourrit deux personnes.

Troisième pratique : la question qu'on n'ose pas poser. Mes livres commencent tous par « Et vous ? », et ce n'est pas un hasard. Et vous, que diriez-vous à vos proches si demain tout s'arrêtait ? La plupart d'entre nous portent des mots importants jamais prononcés : des mercis, des pardons, des je suis fier de toi. Choisissez une personne. Écrivez-lui, ou dites-lui, cette semaine. C'est l'exercice le plus puissant que je connaisse, et la recherche de Seligman dit exactement la même chose.

La gratitude n'est pas de la naïveté

Un mot pour finir, parce que l'objection revient toujours : être reconnaissant ne veut pas dire nier les difficultés. Cela veut dire refuser qu'elles occupent toute la place. Dans ma famille, nous étions cinq enfants, élevés par ma mère. La gratitude n'y était pas un concept : c'était une manière de tenir debout, ensemble. C'est un acte de lucidité, pas d'aveuglement. Et comme le levain dans le pain, elle ne se voit pas dans le produit fini : mais sans elle, rien ne lève.

Et vous ? À qui devez-vous un merci que vous n'avez jamais dit ?

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